Le Pluvif : un projet pour lutter contre les violences envers les filles et les femmes dans la région des Grands Lacs

Le CECI, très actif dans la région des Grands Lacs africains, vient de signer une entente de partenariat avec la Concertation des collectifs des associations féminines des Grands Lacs (COCAFEM/GL). Cet accord officialise la volonté commune de lutter contre les violences faites aux femmes au Burundi, en République Démocratique du Congo (RDC), et au Rwanda.  

 

Suzanne Dumouchel, chargée de projet au CECI, est très fortement impliquée dans ce Projet de lutte contre les violences envers les filles et les femmes dans la région des Grands Lacs (PLUVIF). De retour de la région, elle répond à nos questions.

 Pouvez-vous nous indiquer en quelques mots ce qu'est la réalité des violences faites aux femmes dans la région des Grands Lacs ?

La région des Grands Lacs a été marquée au cours des dernières années par des conflits sanglants qui ont fait des millions de morts. Les femmes du Burundi, de la RDC et du Rwanda sont particulièrement touchées par les conséquences de la guerre et de l'insécurité : nombreuses sont celles qui ont subi des violences sexuelles, des déplacements, des deuils. Celles qui vivent seules sont très vulnérables aux abus et à la violence. Ces situations ont des conséquences dévastatrices sur les familles et la communauté en général, et contribuent à les maintenir dans la pauvreté. Certes, la paix s'installe progressivement dans la région, mais l'ampleur de la violence contre les femmes en temps de guerre a renforcé la banalisation du phénomène.

Qu’est-ce que le Projet de lutte contre les violences envers les filles et les femmes dans la région des Grands Lacs (PLUVIF)?

Le PLUVIF soutient les actions de la Concertation des collectifs des associations féminines des Grands Lacs (COCAFEM/GL) en matière de dialogue sur les politiques, et de communication-documentation des situations de violences faites aux filles et femmes de la région. En outre le projet appuie des actions menées dans des zones ciblées par des organisations membres de la COCAFEM/GL. Ces actions visent à améliorer les services offerts aux filles et femmes victimes de violences et à changer les attitudes et comportements à leur égard vers plus d’empathie plutôt que de rejet.

Qui sont précisément les bénéficiaires de ce programme ? Les femmes qui souffrent de violences ?

Les bénéficiaires sont d’abord des filles et femmes victimes de violences dans les zones ciblées des trois pays, puis plus largement les filles et femmes de la région en général, par la prévention et une meilleure application des lois. La COCAFEM/GL bénéficie également du projet dans la mesure où elle va renforcer ses capacités d’analyse et d’action. Elle sera davantage reconnue comme un levier de lutte contre les violences.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’histoire de la COCAFEM/GL et son rôle dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?

La COCAFEM/GL s’est mise en place en 2001, pendant une période de tensions dans la région, sur le constat qu’en temps de guerre et de retour à la paix, les femmes sont victimes de violences. Elle s'est d’abord constituée autour de 4 collectifs d’organisations féminines du Burundi, de la RDCongo et du Rwanda, puis elle s’est élargie à 11 collectifs comptant 601 organisations et 1,790 associations de base ou groupements de femmes. L’idée de départ, qui anime toujours la COCAFEM/GL, est de solidariser les femmes des 3 pays pour contribuer à la paix, à la tolérance, à la non-violence et au respect des droits des femmes et des droits humains.

Quel est le rôle du Ceci dans ce projet ?

Le rôle du CECI, outre d’en assumer la gestion, est d’accompagner la COCAFEM/GL dans l’analyse du contexte, l’élaboration des stratégies, le suivi de la mise en œuvre des actions, etc. Ceci constitue une façon pratique et concrète de renforcer ses capacités.


 Vous vous intéressez à la question des droits des femmes depuis plusieurs années. Avez-vous observé des avancées tangibles de ce point de vue dans la région des Grands Lacs africains ?

En matière de lutte contre les violences, je dirais qu’il y a eu des avancées en termes de cadre institutionnel. Des lois ou stratégies de lutte contre les violences ont été adoptées dans les pays. Le Pacte sur la paix et la sécurité dans la région, signé par les chefs d’État en décembre 2006, intègre un Protocole sur la prévention et la répression de la violence à l’égard des femmes et des enfants. Le défi – de taille – est la mise en application de ces outils. La COCAFEM/GL compte y travailler dans le cadre du PLUVIF. En outre, je dirais que plusieurs organisations de femmes ont développé une expertise d’appui et d’accompagnement des victimes. Récemment, des groupes d’hommes se sont également constitués pour contribuer à la lutte contre les violences. Enfin, je note que cette problématique est maintenant mieux connue : la prise de conscience a débordé des frontières de la région.


 Le PLUVIF en un clin d'oeil :

Pays : le Burundi, la République Démocratique du Congo (RDC), le Rwanda

Bénéficiaires : les filles et femmes victimes de violences dans ces 3 pays, et les filles et femmes en général.

Partenaires : la Concertation des collectifs des associations féminines des Grands Lacs (COCAFEM/GL), composée de 11 collectifs nationaux des 3 pays.

Budget : 13 150 042$, dont 12 900 042$ financés par l'Agence Canadienne de Développement International (ACDI).

Dates : juillet 2010 à mars 2017.

  

Suzanne Dumouchel est titulaire d'une maîtrise en service social, sur un thème lié aux violences faites aux femmes. Employée au Ceci depuis 25 ans, elle a géré de nombreux projets en Afrique. Ceux-ci portaient sur des questions de droits humains, de développement démocratique et de droits des femmes.