La révolution
des cantines scolaires

À l'heure où l’ONU tient son sommet sur les objectifs du millénaire, le CECI vous présente les cantines scolaires au Mali qui contribuent à 3 des 8 objectifs : procurer l’éducation pour tous, lutter contre le fléau de la malnutrition et l'égalité entre les femmes et les hommes. Ce projet n’a pas tardé à engendrer des retombées positives.

Retrouvez un reportage sur le projet et l'article de Julie Roy paru dans le El Mundo d'Avril 2010.

 

La petite révolution des cantines scolaires

Un petit projet qui fait une grande différence. C’est ainsi qu’on pourrait décrire celui des cantines scolaires, lancé il y a deux ans dans certaines localités maliennes en périphérie de Bamako. L’initiative s’avère, en effet, étonnamment efficace pour contrer la malnutrition ainsi que pour stimuler la scolarisation des jeunes et l’économie locale.

Inspirées à la fois des cuisines collectives et des clubs des petits-déjeuners, ces cantines visent en premier lieu à combler les besoins nutritionnels des enfants d’âge scolaire. Ces jeunes fréquentent l’école primaire d’un des six villages ruraux du Koulikoro, une région ciblée pour le démarrage du projet du CECI particulièrement touchée par la malnutrition.
« À la pause du midi, les enfants rentraient à la maison où souvent, il n’y avait rien à manger. Par gêne de renvoyer leur enfant à l’école le ventre vide, les parents préféraient leur donner congé de classe l’après-midi. Par conséquent, il y avait beaucoup d’absentéisme », explique Selly Ouane, directrice exécutive de l’ONG malienne Woïyo Kondèye partenaire du CECI pour implanter le projet. « Avec les cantines scolaires, les parents n’ont plus à se soucier de nourrir leur enfant le midi. L’école s’en charge. » Ainsi, chaque jour après les cours du matin, un repas est servi aux enfants. Ces repas sont cuisinés puis servis par des femmes du village, majoritairement des mères d’élèves. Pour la bonne marche du projet, une formation en nutrition a été donnée à ces femmes. « On leur enseigne à bien utiliser les ressources alimentaires locales et saisonnières pour faire des repas équilibrés, complets, sains et nutritifs », précise Mme Ouane. « En plus d’apprendre la valeur nutritive des aliments, les participantes redécouvrent souvent des mets locaux oubliés ou délaissés. »

Des résultats positifs

Instauré dans la foulée des objectifs du millénaire visant à procurer l’éducation pour tous et à lutter contre le fléau de la malnutrition au Mali, le projet des cantines scolaires n’a pas tardé à engendrer des retombées positives. « Les résultats sont nombreux et très encourageants », indique Al Assane Sanogo, directeur du CECI au Mali et coordonnateur du programme Uniterra. « En comblant les besoins nutritionnels des élèves, rapidement nous avons remarqué une plus grande assiduité et une meilleure concentration de leur part. De plus, les résultats académiques et la fréquentation scolaire ont augmenté. » Il est à prévoir que le projet contribuera également à faire reculer le taux de malnutrition au Mali. En 2006, près de 17 % de la population malienne souffrait de sérieuses carences alimentaires.

Si les écoliers sont les principaux bénéficiaires du programme de cantines scolaires, ils n’en sont pas les seuls. L’ensemble des petites communautés des villages de Wolodo, Zantiguila, Nianina, Korokoro, Fadiola et de la commune de Zan Coulibaly profitent des bienfaits du projet.« Pour concocter les repas, l’école achète de la nourriture et des condiments aux producteurs locaux ce qui a pour effet de stimuler l’économie. Par conséquent, tous ces facteurs positifs favorisent la cohésion sociale et une fierté nouvelle au sein des communautés participantes », ajoute M. Sanogo du CECI.

Tous derrière les cantines

C’est une collecte de fonds organisée par le CECI qui a permis de mettre en place les cantines scolaires et de soutenir leurs premiers pas. L’objectif est maintenant d’assurer la pérennité de ce projet qui a déjà beaucoup apporté au développement économique et social des localités ciblées.
« Les communautés doivent prendre en charge le projet. Présentement, nos cantines survivent grâce à un système de coûts partagés. D’un côté, il y a les subventions et de l’autre, il y a la contribution annuelle des parents. Chaque élève doit fournir 50 kilos de céréales par année pour alimenter les cantines », précise Al Assane Sanogo, directeur du CECI au Mali. « Maintenant, il est important de chercher et de trouver des appuis pour financer localement le projet. »

Si la question financière n’est pas encore tout à fait réglée, notons que les cantines scolaires soulèvent l’enthousiasme collectif. Les populations bénéficiaires sont non seulement reconnaissantes, mais elles s’impliquent dans le développement du projet par le biais de comité de gestions mixtes.
« Grâce à ces comités, les communautés participantes se préparent à devenir complètement autonomes dans la gestion quotidienne des cantines scolaires », témoignent Maude Benny et Alexandra Baril, deux volontaires du CECI impliquées dans le projet. « Présentement, on assiste les groupes dans différentes tâches, dont les activités agricoles. À moyen terme, les comités de gestion des cantines scolaires seront aptes à constituer des réserves de céréales, à récolter leurs propres aliments en plus de s’assurer de la qualité des repas servis », expliquent-elles. Outre la mobilisation populaire, les élus jettent un oeil de plus en plus intéressé au projet. Plusieurs signes laissent donc présager de belles choses pour l’avenir des cantines scolaires au Mali.

Crédit Photo : Maude Benny-Dumont
Production vidéo : ORTM 2010