CECI Change des vies

CECI ou SACO, toujours des interventions ciblées

Deux organismes de coopération implantées au Québec - CECI ou SACO, toujours des interventions ciblées article paru dans Le Devoir du 29 octobre 2011

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La décentralisation permet de donner un mandat élargi aux acteurs sur le terrain

Le CECI et le SACO ont pris racine au Québec depuis plus de quatre décennies. Ces deux organismes à but non lucratif s'appuient chacun à sa façon sur un réseau de partenaires et des centaines de bénévoles pour conduire des projets de coopération partout dans le monde.

Mario Renaud s'est lancé tout jeune dans l'aide internationale lorsqu'il a commencé à parcourir la planète, en compagnie de son inséparable sac à dos de l'époque, en 1969; depuis ce temps, la façon d'agir a bien changé pour les coopérants. En 1974, il entre à l'Agence canadienne de développement international (ACDI), où il demeurera jusqu'en 2005. Et voilà qu'il est toujours plongé dans la solidarité internationale au moment où il occupe les fonctions de directeur général du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI), qu'il situe sur le plan historique: «En fait, le CECI est plus âgé que l'ACDI; il a vu le jour en 1958. Avant que l'aide public au développement ne soit organisée par le gouvernement canadien, plusieurs organisations non gouvernementales [ONG] existaient déjà, qui ont pris naissance dans le cadre de l'existence des institutions religieuses dans les années 1940 et 1950; plus tard, plusieurs anciens missionnaires se sont retrouvés dans la coopération.»

De jésuite à laïc

Créé par les jésuites, le Centre devient laïque à la fin des années 1970; c'est aujourd'hui une corporation privée réunissant 100 membres issus de divers milieux représentatifs de la société au sein de laquelle il évolue, dont le conseil d'administration est composé de 11 personnes.

M. Renaud en cerne la mission: «Notre action est fondée sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Tous les cinq ans, nous révisons les secteurs d'intervention prioritaires mais, fondamentalement et depuis le début, le travail s'effectue avec les collectivités locales.» Il fournit cette précision: «Avec un grand pragmatisme, on inclut, dans l'accompagnement d'un développement local de la base, aussi bien les élus que le secteur privé dans les pays; on favorise donc une gouvernance démocratique et on encourage beaucoup son émergence; on s'associe également avec le secteur privé parce que, pour lutter contre la pauvreté, il faut créer de la richesse.»

Planétaire

Dans ce sens-là, le CECI participait récemment au Forum international sur l'économie sociale et solidaire: «On favorise ce type d'économie parce qu'elle est au service des gens et de la collectivité; à l'intérieur de celle-ci, ils peuvent générer de la richesse, se créer des emplois et utiliser les revenus pour se donner des services de première nécessité liés à leur mieux-être. C'est vraiment au coeur de notre action, et notre slogan pour cette année est le suivant: "Investir dans l'humain".»

Il dépeint les moyens d'action qui sont déployés: «Nous formons une organisation décentralisée depuis l'an 2000, qui oeuvre dans une vingtaine de pays; nous possédons des bureaux régionaux sur trois continents. La très vaste majorité des employés, soit plus de 350, sont à l'étranger et sont des nationaux qui sont avec nous depuis plus de 10 à 15 ans; ils ont été formés par nous et ils poursuivent leur travail selon les mêmes principes et valeurs qui leur ont été inculqués.»

Tout un réseau de coopérants a été mis en place pour leur prêter main-forte: «Il a toujours existé et on intervient maintenant avec une autre organisation, l'Entraide universitaire mondiale du Canada [EUMC], dans un programme de coopération volontaire qui s'appelle Uniterra; ensemble, on envoie plus de 450 volontaires par année dans les pays où le Centre s'active et où on conduit des projets.» Ceux-ci bénéficient de points d'ancrage quand ils débarquent en mission quelque part dans le monde: «Ils s'inscrivent dans une action qui appartient aux partenaires locaux.»

Volontariat

Gestionnaire de programmes au Service d'assistance canadienne aux organismes (SACO), Apollinaire Ihaza rapporte que cette ONG existe depuis 40 ans déjà et qu'elle a vu le jour à Montréal, où se trouve toujours son siège social, bien que son centre d'activité se situe maintenant du côté de Toronto: «Nous cherchons à améliorer le bien-être économique et social des individus et des collectivités ici au Canada et à l'étranger.»

Pour remplir sa mission, le SACO s'appuie sur le volontariat: «On utilise l'expertise, en matière de compétences, et aussi l'expérience de nos bénévoles. Notre ressource première et fondamentale, ce sont les conseillers qui travaillent sur une base volontaire.» Il explique plus en détail le fonctionnement retenu: «On recrute ici au Canada des bénévoles et on les choisit parce qu'ils possèdent des connaissances dans un milieu industriel donné ou dans d'autres sphères d'activité; on retient les gens qui ont une expérience ou un vécu réel de dix ans ou plus, par exemple, dans l'hôtellerie, l'agriculture, l'éducation ou d'autres domaines. On s'assure qu'ils ont le bagage nécessaire avant d'être envoyés dans un pays.» Il arrive que l'organisme se tourne vers un secteur et mène une campagne de recrutement en fonction de celui-ci: «Actuellement, on travaille un peu partout dans le domaine hôtelier; on fait donc la promotion du SACO à travers les associations professionnelles des gens de ce milieu.»

À l'écoute

À l'autre bout de la ligne, là où se déroulent les projets, le Service a retenu cette façon d'entrer en action il y a quelques années: «Nous avons mis l'accent sur l'écoute de nos partenaires sur le terrain. Nous avons des bureaux de représentation en différents endroits qui sont mis à la disposition des organisations, qu'elles soient gouvernementales, qu'el-les appartiennent à la société civile, qu'elles relèvent de l'entreprise privée, de groupes de femmes ou autres; ces gens nous font connaître leurs besoins d'accompagnement et on recrute le personnel de coopérants en fonction de ceux-ci pour les soutenir dans leurs initiatives.» À l'heure actuelle, des projets à plus long terme, dont la durée peut s'étaler sur cinq ans, retiennent davantage l'attention et sont favorisés.

Pour les mandats réalisés à l'extérieur du pays, de 300 à 400 bénévoles partent en renfort chaque année vers des destinations étrangères: «Là aussi, nous avons adopté une démarche ciblée; c'est inefficace de conduire des actions dispersées à travers un trop grand nombre de pays. Nous travaillons bien sûr au Canada, principalement avec les communautés autochtones, et aussi en Asie [Philippines], en Afrique [Burkina Faso, Cameroun, Sénégal], de même que dans les Amériques [Caraïbes, Haïti, Honduras, Colombie, Bolivie, Guyane].»

En ce moment, un projet tient particulièrement à coeur au SACO pour l'ensemble de ses interventions: «On est en train de développer une stratégie d'appui pour les jeunes entrepreneurs. Il s'avère que, dans les pays du Sud, le marché du travail est fermé pour eux à maints endroits; en même temps, ces jeunes ont davantage accès à l'éducation, sont mieux formés et peuvent prendre des initiatives dans leur collectivité respective, sans qu'ils possèdent toutefois tous les outils ou l'expertise pour réussir; on veut leur servir de levier pour y arriver.» Le Service entend de plus travailler davantage dans le sens de la décentralisation, sur le plan de la gouvernance, dans un proche avenir.

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Réginald Harvey

Collaborateur du Devoir