Pour le droits des femmes en Afrique de l’Ouest

Nouvelle | Publié: 01 mars 2019

De son propre aveu, le travail à accomplir est « colossal ». Améliorer les conditions de vie des femmes et renforcer leur autonomisation par le biais du transfert de compétences et de formations. Faciliter l’accès aux services sociaux de base, tels l’éducation et la santé. Instaurer un espace de paix, de sécurité et de bonne gouvernance. Entre autres choses. L’affaire n’est pas dénuée d’ambition reconnait dans un sourire Salimata Thiam. D’autant qu’en Afrique de l’Ouest comme ailleurs, la résistance au changement n’est pas un vain mot. Mais la Sénégalaise de 45 ans n’est pas du genre à se laisser décourager. Responsable principale de la politique et des programmes du Centre de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour le Développement du Genre (CCDG) depuis plus de douze ans, elle fait montre d’un engagement et d’un enthousiasme sans pareils pour faire de cette agence spécialisée un véritable levier de changement.

« Nous travaillons en étroite collaboration avec les gouvernements et avec les organisations de la société civile, et nous concluons des partenariats selon les thèmes abordés : droits des femmes, santé reproductive, autonomisation, etc. Reste que nos moyens et ressources sont limités ». Et les besoins criants. « Comme dans bien des endroits, la pauvreté en Afrique de l’Ouest a un caractère féminin, déplore-t-elle en dénonçant pêle-mêle foyers d’insécurité, catastrophes naturelles, maladies et certaines pratiques religieuses et culturelles. Les femmes, dont les droits sont largement bafoués, font partie des groupes les plus vulnérables. Et ce sont elles qui par conséquent souffrent le plus ».

Améliorer les conditions économiques, sociales et culturelles de la femme par la mise en œuvre de politiques et de mécanismes appropriés n’est pas un objectif nouveau pour la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). C’est en 1993, lors d’une révision de ses textes fondateurs, que l’organisation intergouvernementale qui regroupe 15 États de la région[i] a souhaité inscrire l’égalité entre les femmes et les hommes (EFH) comme un moteur de l’intégration régionale et un objectif de développement à part entière.

Dix ans plus tard, désireux de donner une nouvelle impulsion à la lutte en faveur des droits des femmes, la CEDEAO a créée une agence régionale spécialisée chargée de promouvoir l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes. Le Centre de la CEDEAO pour le Développement du Genre vise à transformer l’Afrique de l’Ouest en une communauté juste et sûre dans laquelle les hommes et les femmes ont les mêmes chances de participer, de décider, de contrôler et de bénéficier de toutes les initiatives de développement.

Venue participer à la conférence annuelle des organisations internationales de coopération volontaire (IVCO) qui s’est tenue à Montréal à l’automne dernier, Salimata Thiam a tenu à souligner à quel point le partenariat que l’agence africaine a noué en 2010 avec le programme Uniterra, conjointement mis en œuvre par le CECI et l’EUMC, a été décisif.

« Ce sont les volontaires d’Uniterra qui ont été à l’initiative de l’élaboration de l’Acte Additionnel pour l’Égalite de Droits entre les Femmes et les Hommes pour le Développement Durable en Afrique de l’Ouest, un acte qui constitue le tout dernier cadre de référence en matière d’EFH pour la sous-région. Ils ont été au cœur du mécanisme, le sont toujours d’ailleurs, et sans leur appui déterminant, il est clair que l’acte additionnel n’aurait pas vu le jour a précisé Salimata Thiam. Les volontaires du programme Uniterra ont travaillé en réseau avec différentes organisations de la société civile de 8 pays francophones de la sous-région, notamment les Coalitions Égalite Femmes Hommes. Ensemble, ils ont dénoncé une situation de léthargie dans le domaine des droits des femmes en Afrique de l’Ouest. Car si la plupart de nos États membres avaient signé et ratifié différentes conventions, peu de ces engagements nationaux et internationaux étaient respectés. Avec le programme Uniterra, nous avons donc décidé de travailler sur un nouveau document qui allait venir redynamiser l’engagement de nos membres ».

Dès le début des consultations, et tout au long du processus de réflexion et d’élaboration, le CCDG a souhaité intégrer les instances politiques de chacun des pays membres de façon à susciter l’engagement des différents gouvernements, et s’assurer de leur implication au moment de la mise en œuvre. De la même façon, l’ensemble des départements de la Commission de la CEDEAO a été invité à se joindre au processus d’élaboration avec comme objectif de développer par la suite des programmes opérationnels permettant d’apporter des améliorations concrètes sur le terrain en matière de droits des femmes.

Pour la responsable principale de la politique et des programmes genre du CCDG, l’adoption et la mise en œuvre de cet outil législatif adopté en mai 2015 à Accra (Ghana) constitue un véritable tournant. « Les pays de l’Afrique de l’Ouest se sont reconnus dans ce document et se le sont appropriés. Cet outil est un acquis immense, commente Salimata Thiam. En outre, les ministères en charge de la question et les organisations de la société civile se sont mis d’accord pour travailler ensemble sur des actions prioritaires. Chaque pays a mené des campagnes de vulgarisation par rapport à ce nouveau protocole. Chaque but à atteindre fait l’objet d’un plan d’action national et des comités de suivi ont été mis en place. Ils s’assurent de la mise en œuvre efficace et réelle des nouvelles mesures, et contrôlent que les ressources affectées à ce plan le sont bel et bien. Nous avons aussi constitué des réseaux de femmes pour accompagner la mise en œuvre du protocole ».

Ces avancées concrètes, rapporte Salimata Thiam, reflètent la volonté actuelle de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest de mettre en place davantage de programmes opérationnels ayant un impact réel sur les populations locales. Surtout, croit la Sénégalaise, le contexte international est porteur. « Le moment est propice. On sent que la question de l’égalité femmes hommes connait un regain d’attention. Le focus est de plus en plus sur la femme, c’est le moment de mettre en place de nouvelles stratégies. Il y a un momentum, et nous devons tous le saisir pour faire progresser les droits des femmes, où que nous soyons ».

 

[i] Depuis mai 1975, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) regroupe 15 pays de la région : le Bénin, le Burkina-Faso, le Cap-Vert, la Côte d'Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, le Sierra Leone et le Togo.

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